Il y a des matins où Paris se laisse apprivoiser sans résistance. On attrape un vélo de location rue Saint-Antoine, on pédale cinq minutes, et soudain les quais s’ouvrent devant nous comme une promesse. Devant : 14 km de Seine, de Notre-Dame jusqu’au pont de Grenelle, avec la Tour Eiffel qui pointe à l’horizon. Ce trajet, on l’a fait une dizaine de fois. Et pourtant, on ne se lasse pas.
Le point de départ : Notre-Dame et l’Île Saint-Louis
On commence côté rive droite, au niveau du parvis de Notre-Dame. La cathédrale, en pleine reconstruction après l’incendie d’avril 2019, impose toujours sa silhouette monumentale. On descend vers les berges basses — le fameux Parc Rives de Seine, inauguré en 2013 et élargi en 2016 — et le vélo prend ses aises sur la piste dédiée.
Avant de filer plein ouest, une petite boucle s’impose : l’Île Saint-Louis. On traverse le pont Saint-Louis, on longe le quai de Bourbon, on s’arrête (obligatoirement) chez Berthillon si c’est la saison. C’est un détour de 1,5 km, mais ça vaut chaque mètre. L’île a ce calme presque irréel pour Paris, avec ses hôtels particuliers du XVIIe et ses quais ombragés.
Retour sur la rive gauche, et c’est parti pour le long ruban du fleuve.
Les berges basses : la piste reine
Le Parc Rives de Seine rive gauche s’étend de l’île Saint-Louis jusqu’au pont de l’Alma — environ 2,3 km. C’est la section la plus agréable : la voie est réservée aux piétons et aux vélos, le bitume est bon, les vues sur la rive droite et ses immeubles haussmanniens sont superbes. On longe le quai Saint-Bernard, puis le quai de la Tournelle avec ses péniches amarrées.
Une info pratique : le week-end et en semaine en soirée, cette section est très fréquentée. Il faut rider tranquille, laisser la place aux familles avec poussettes et aux joggers. La piste n’est pas une voie express — c’est précisément ça qui la rend belle.

Entre le pont de la Tournelle et le pont de l’Alma, on passe sous quelques ponts magnifiques. Le pont de la Tournelle avec sa statue de Sainte Geneviève au sommet. Le pont de Sully. Le pont d’Iéna, qu’on aperçoit au loin et qui annonce la suite.
Le passage en hauteur : les quais hauts
Passé le pont de l’Alma, les berges basses s’interrompent temporairement. On remonte sur les quais hauts par une rampe douce — aucun problème même avec un vélo de ville. Sur la rive gauche, on emprunte le quai Branly, puis le quai d’Orsay.
Cette section est moins pittoresque que les berges basses, mais elle a ses atouts : on voit mieux la Tour Eiffel, on comprend mieux l’échelle du quartier. Le Musée du Quai Branly–Jacques Chirac est là, avec son jardin fascinant qui déborde sur le trottoir. Si on a le temps, l’expo vaut le détour — mais ce sera pour une autre fois.
La piste cyclable sur les quais hauts est balisée et continue. Depuis les travaux de 2024 liés aux JO, le maillage cyclable autour des berges a été renforcé avec 30 km de nouvelles pistes. On circule sans stress.
Face à la Tour Eiffel : le moment magique
Au niveau du pont d’Iéna, on arrive sur le Champ-de-Mars. C’est LE moment. La Tour Eiffel est là, à 50 mètres. On pose le vélo deux minutes (ou vingt). On sort le téléphone. On fait comme tout le monde, sans complexe.
Concrètement, depuis les quais, la vue sur la Tour Eiffel depuis le bas est vertigineuse. Si on a des enfants ou des amis en visite, c’est l’endroit parfait pour la pause photo. Le week-end il y a du monde, mais l’espace est tellement vaste que ça ne se remarque pas vraiment.
Pour continuer, on peut longer le Champ-de-Mars par l’allée centrale (interdit aux vélos strictement mais les gardes sont cléments avec les cyclistes lents), ou rester sur le quai Branly/quai de Grenelle.
Jusqu’au pont de Grenelle et la Statue de la Liberté
Les 2 derniers kilomètres longent le quai de Grenelle. On passe sur l’Île aux Cygnes, un étroit banc de terre de 850 mètres, accessible depuis le pont de Bir-Hakeim. C’est ici que trône la réplique de la Statue de la Liberté, offerte par la communauté américaine de Paris en 1889. Elle mesure 11,5 mètres (contre 46 m pour l’originale), mais son effet de surprise reste intact.
Le pont de Grenelle marque l’arrivée. 14 km au compteur. On se retourne et on a toute la perspective du fleuve, avec la Tour Eiffel en fond. Le compte est bon.
La question des pentes : est-ce difficile ?
Franc réponse : non. Ce trajet est l’un des plus plats de Paris. Les berges basses sont quasi horizontales. Les quelques remontées vers les quais hauts se font sur des rampes progressives, conçues pour être accessibles à tous. Un vélo de ville classique suffit largement — pas besoin de vitesses ni d’effort particulier.
Niveau dénivelé cumulé, on est à moins de 30 mètres sur l’ensemble du parcours. C’est la balade idéale pour quelqu’un qui n’est pas à l’aise sur un vélo, pour une sortie famille avec des enfants de 8 ans et plus, ou simplement pour profiter sans se fatiguer.
Pauses pique-nique : nos spots préférés
On ne compte plus les pique-niques improvisés sur ce trajet. Nos trois spots préférés :
1. Le square du Vert-Galant (rive droite, à la pointe de l’Île de la Cité) — le plus secret. Accessible par un escalier depuis le Pont-Neuf. Une pelouse à fleur d’eau, face aux bateaux. Idéal tôt le matin.
2. Les berges basses face au Musée d’Orsay — les bancs en bois des Rives de Seine, avec vue sur la rive droite. Des tables existent pour les vrais pique-niqueurs organisés.
3. Le Champ-de-Mars — incontournable. Pelouses immenses, ombre en quantité, et la Tour Eiffel en décor. On trouve facilement de quoi garnir son panier au marché du boulevard de Grenelle le dimanche matin.
Le conseil pratique : se munir d’un petit cadenas pour attacher le vélo pendant la pause. Sur les berges, les supports vélo sont bien présents, mais au Champ-de-Mars il faut parfois ruser.
Où louer un vélo pour ce trajet ?
Plusieurs options selon où on part :
- Autour de Notre-Dame : des stations Vélib’ sont disponibles sur le quai de Montebello et rue de la Cité. Sinon, quelques loueurs privés rue Saint-Jacques proposent des vélos à la demi-journée autour de 10–12 €.
- Autour du pont de l’Alma : station Vélib’ quai Branly et avenue Rapp.
- Pour le retour : on peut faire le trajet en sens inverse (une vue totalement différente), ou prendre le RER C à la station Champ-de-Mars–Tour Eiffel pour rentrer avec le vélo Vélib’ rendu juste avant.
Si on loue un vélo électrique, le trajet reste agréable même avec une assistance limitée — les pentes sont si douces que l’apport du moteur se sent surtout au démarrage.
L’itinéraire en pratique
| Détail | Info |
|---|---|
| Distance | ~14 km (aller simple) |
| Dénivelé | < 30 m cumulé |
| Durée estimée | 1h30 à 2h30 (avec pauses) |
| Difficulté | Très facile |
| Surface | Piste dédiée + quais |
| Idéal pour | Familles, débutants, sorties entre amis |
Pour finir : un trajet qui ne vieillit pas
Ce qu’on aime dans ce trajet, c’est qu’il change à chaque saison. En mars, les arbres des berges commencent à bourgeonner et la lumière est douce. En juillet, les joggeurs et les pique-niqueurs transforment les quais en scène de vie parisienne à l’état pur. En octobre, les reflets d’automne sur la Seine rendent même les téléphones insatisfaisants tellement c’est beau.
Et puis il y a ces moments imprévus : un musicien qui joue sous le pont de l’Alma, un groupe d’étudiants qui fait une chaîne humaine pour monter du matériel de fête, une vieille dame qui donne à manger aux canards depuis le quai. Paris, vous disez ?
Sources utilisées : visorando.com – berges de Seine · Paris Je T’Aime – pistes cyclables · La Seine à Vélo · Sortir à Paris – itinéraire cyclable
— Camille R.